Quel enseignement tirez-vous de votre présidence du Cercle Montesquieu ?
J’ai reçu en héritage cette bataille permanente pour la reconnaissance de la place du juriste d’entreprise. Pendant ces trois ans, nous avons mené une lutte réussie pour l’obtention du legal privilege qui va conférer enfin aux juristes français une égalité de traitement avec leurs collègues européens. Il les place au centre de la maîtrise du risque au cœur de l’entreprise.
Observez-vous une judiciarisation croissante des relations économiques ainsi qu’une évolution s’agissant de la nature des contentieux auxquels les entreprises sont confrontées ?
Oui, le choc des conformités va incontestablement, par la multiplicité des normes qu’il impose, engendrer une judiciarisation croissante des relations économiques. L’IA va être à mon sens génératrice de nombreux contentieux, notamment IT, d’une nouvelle nature.
Quelle est votre vision du rôle du directeur juridique aujourd’hui, notamment sa place dans la gouvernance et sa contribution à la création de valeur au sein de l’entreprise ?
Le legal privilege place le directeur juridique dans la situation de régulateur interne. Maintenant, nous sommes dans un ordre public de direction qui oblige le directeur juridique à devoir replacer la norme au centre des décisions afin de prévenir tout risque attaché à la violation de cette norme. Le directeur juridique doit avant tout maîtriser les enjeux stratégiques des métiers de l’entreprise et des marchés qu’elle adresse pour anticiper les évolutions ou les mouvements et proposer les préconisations qui s’imposent.
Comment la relation entre directions juridiques et cabinets d’avocats a-t-elle évolué ces dernières années, et qu’attendez-vous aujourd’hui d’un cabinet au-delà de l’expertise technique en termes d’accompagnement ?
À titre personnel, ma relation avec les avocats n’a pas évolué, ce sont les avocats qui vont devoir faire évoluer leur business model pour tenir compte de l’impact de l’IA dans leurs modalités de travail.
Quels sont, selon vous, les principaux défis auxquels les directions juridiques seront confrontées dans les prochaines années, notamment face à l’impact de l’intelligence artificielle et des nouvelles technologies sur le métier de juriste d’entreprise ?
Au-delà de l’implémentation de l’IA qui est un enjeu en tant que tel et des gains attendus, le directeur juridique va devoir manager des équipes hybrides, composées d’« agents » humains et d’« agents IA », c’est un prochain défi managérial qui nous attend.